
La pleine propriété d'un appartement se divise en deux droits : l'usufruit, qui permet de l'habiter ou de le louer, et la nue-propriété, qui donne la propriété des murs sans en avoir la jouissance. Pour les donations et les successions, leur valeur est fixée par le barème de l'article 669 du code général des impôts, selon l'âge de l'usufruitier : de 61 à 70 ans, l'usufruit vaut 40 % du bien et la nue-propriété 60 %. Ce barème, issu de la loi de finances pour 2004, n'a pas été modifié depuis et s'applique en novembre 2026. Au décès de l'usufruitier, le nu-propriétaire devient plein propriétaire sans payer de droits.
En bref
Le démembrement de propriété consiste à séparer la pleine propriété d'un bien en deux droits détenus par des personnes différentes. Il naît le plus souvent d'une donation, d'une succession ou d'une vente.
L'usufruit est le droit d'utiliser un bien et d'en percevoir les revenus, sans pouvoir le vendre. L'usufruitier d'un appartement peut l'habiter ou le louer et encaisser les loyers. Un usufruit consenti à une personne physique est en général viager : il s'éteint à son décès.
La nue-propriété est le droit de disposer du bien, c'est-à-dire d'en être propriétaire, sans pouvoir l'occuper ni en tirer de revenus tant que l'usufruit existe. Le nu-propriétaire récupère la pleine propriété à la fin de l'usufruit.
Aucun des deux ne peut vendre seul la pleine propriété. L'usufruitier peut céder son usufruit et le nu-propriétaire sa nue-propriété, mais la vente de l'appartement libre de tout droit exige leur accord commun. Le juge ne peut pas ordonner cette vente, à la demande d'un nu-propriétaire, contre la volonté de l'usufruitier (code civil, art. 815-5).
L'usufruitier n'est tenu qu'aux réparations d'entretien (art. 605). Les grosses réparations restent à la charge du nu-propriétaire, sauf si elles résultent d'un défaut d'entretien depuis l'ouverture de l'usufruit. L'article 606 les définit de façon limitative : gros murs et voûtes, rétablissement des poutres, couvertures entières, murs de soutènement et de clôture en entier. Toutes les autres réparations sont d'entretien.
Un acte de donation ou de vente peut aménager cette répartition.
L'article 608 du code civil met à la charge de l'usufruitier les charges annuelles du bien. Sur le plan fiscal, la taxe foncière est établie au nom de l'usufruitier (CGI, art. 1400, II, commenté au BOFiP BOI-IF-TFB-10-20-20). Les loyers éventuels sont imposables chez lui.
Pour l'impôt sur la fortune immobilière, l'usufruitier déclare en principe la valeur en pleine propriété, sauf cas limités de répartition selon le barème (CGI, art. 968). Voir notre article sur l'IFI 2026 et l'immobilier.
La loi du 10 juillet 1965 ne répartit pas les charges entre usufruitier et nu-propriétaire ; une réponse ministérielle du 2 novembre 2021 renvoie aux articles 605, 606 et 608 du code civil. Le règlement de copropriété peut prévoir qu'ils sont solidaires du paiement. Pour voter en assemblée générale, ils désignent un représentant commun ; à défaut d'accord, c'est le nu-propriétaire depuis le 1er juin 2020 (loi de 1965, art. 23).
Pour calculer les droits de donation et de succession, l'administration n'utilise pas une valeur économique mais le barème forfaitaire de l'article 669 du CGI, dans sa rédaction issue de la loi de finances pour 2004. L'âge retenu est celui de l'usufruitier au jour de la donation ou du décès, en années révolues (anniversaire passé).
Un usufruit constitué pour une durée fixe (usufruit temporaire) vaut 23 % de la pleine propriété par période de dix ans, sans fraction et sans tenir compte de l'âge (art. 669, II). Le droit d'usage et d'habitation, plus restreint que l'usufruit car il ne permet pas de louer, vaut 60 % de la valeur de l'usufruit (CGI, art. 762 bis).
Ce barème ignore la rentabilité du bien et l'espérance de vie réelle. Il n'a pas été modifié par la loi de finances pour 2026. Un amendement visant à taxer la réunion de l'usufruit à la nue-propriété a par exemple été déposé puis rejeté lors de l'examen du budget pour 2025.
Le calcul se fait en deux temps.
Exemple arithmétique. Un appartement est estimé 600 000 €. Son propriétaire a 68 ans. L'usufruit vaut 40 %, soit 240 000 €, et la nue-propriété 60 %, soit 360 000 €. Si le propriétaire avait 75 ans, l'usufruit vaudrait 180 000 € (30 %) et la nue-propriété 420 000 € (70 %).
La donation de la nue-propriété avec réserve d'usufruit est l'usage le plus courant du démembrement. Le parent continue d'habiter l'appartement ou de le louer. Les enfants en deviennent nus-propriétaires. Les droits de donation sont calculés sur la seule valeur de la nue-propriété, après un abattement de 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les quinze ans (Service Public, fiche F14205, vérifiée le 15 janvier 2026).
Exemple chiffré. Un parent de 68 ans, seul propriétaire d'un appartement de 600 000 €, en donne la nue-propriété à ses deux enfants.
Pour une donation de la pleine propriété, chaque enfant serait taxé sur 200 000 € (300 000 € moins l'abattement), soit 38 194,35 € de droits chacun et 76 388,70 € au total. L'écart est de 48 000 €, hors frais de notaire. En contrepartie, le parent renonce à vendre seul son appartement.
Le détail des abattements, du rappel fiscal et des clauses utiles figure dans notre article donation d'un appartement aux enfants.
L'usufruit s'éteint et le nu-propriétaire devient automatiquement plein propriétaire. Cette réunion ne donne lieu à aucun impôt ni taxe lorsqu'elle intervient par le décès de l'usufruitier ou l'arrivée du terme (CGI, art. 1133, en vigueur depuis le 1er juillet 1979). La hausse de valeur de l'appartement entre la donation et le décès n'est donc pas taxée.
Une règle anti-abus s'applique. Un bien dont le défunt avait l'usufruit et un héritier la nue-propriété est présumé faire partie de la succession (CGI, art. 751). La présomption tombe notamment si la nue-propriété a été donnée par une donation régulière plus de trois mois avant le décès (BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-10-40-10). Une vente de la nue-propriété à un enfant ne suffit pas, à elle seule, à écarter la présomption.
Lorsque le démembrement résulte d'une succession, par exemple un conjoint survivant usufruitier et des enfants nus-propriétaires, chacun paie des droits sur la valeur de son droit. Le calcul est détaillé dans notre article droits de succession sur un bien immobilier, et la situation du conjoint dans conjoint survivant : peut-il rester dans l'appartement ?
Le barème de l'article 669 est un outil fiscal. Lors d'une vente, le prix est librement négocié : il dépend de la durée probable de l'usufruit, de l'évolution attendue du prix du bien et du rendement attendu par l'acquéreur. Un propriétaire de 75 ans ne recevra pas forcément 70 % de la valeur de son appartement. Ce point est développé dans vendre la nue-propriété de son appartement.
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L'âge de l'usufruitier au jour de la donation ou du décès, en années révolues. À 70 ans et 11 mois, l'usufruit vaut encore 40 % ; dès le 71e anniversaire, il ne vaut plus que 30 %.
Oui. L'usufruitier peut louer le bien et percevoir les loyers, qui sont imposables chez lui. Le titulaire d'un simple droit d'usage et d'habitation ne peut pas louer. C'est pourquoi la loi fiscale évalue ce droit à 60 % de l'usufruit.
Non. Le juge ne peut pas ordonner la vente de la pleine propriété contre la volonté de l'usufruitier (code civil, art. 815-5). Une vente suppose l'accord des deux parties, avec une répartition du prix entre elles.
Non, si l'usufruit prend fin par le décès de l'usufruitier ou l'arrivée de son terme (CGI, art. 1133). En revanche, une renonciation anticipée à l'usufruit peut être taxée comme une donation.
L'usufruitier. La taxe foncière est établie à son nom (CGI, art. 1400, II), même si le nom du nu-propriétaire figure aussi sur le rôle. Une convention entre eux peut prévoir un remboursement, mais l'avis d'imposition reste établi au nom de l'usufruitier.
Consultées le 7 novembre 2026.
Ce contenu est informatif et ne remplace pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Les règles citées sont celles en vigueur au 7 novembre 2026. Chaque situation familiale est différente : le notaire est votre interlocuteur pour les actes et le conseil. AGUILA n'est ni un office notarial, ni un cabinet d'avocats, ni un expert-comptable.
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